Jeunes et Bretons

 Jeunes et Bretons,

portrait de la jeunesse afro-armoricaine

Vincent Paulic propose un regard différent sur l’identité bretonne, à travers le ressenti de ceux qu’il nomme les Afro-armoricains. Ces jeunes dotés d’un parent d’origine africaine voient leur entourage retenir plus souvent leur ascendance africaine que leur identité bretonne. Et ce, même s’ils sont nés sur le territoire, malgré une éducation française, voire très centrée sur la culture bretonne. Vincent Paulic traite ce paradoxe en noir et blanc « à l’image du drapeau breton », pour apporter son interprétation et sa sensibilité des questions de l’identité, l’appartenance et le regard des autres. Retrouvez plus de détails, de retours des visiteurs sur la page Facebook
Télécharger le dossier de présentation de l’exposition.

Où voir l’exposition :

19 octobre – 11 novembre 2013 : Festival Photoreporter en baie de Saint-Brieuc // Carré Rosengart (22)
30 janvier – 28 mars 2014 : Mairie de Pordic (22)
1 août – 10 août 2014 : Festival Interceltique de Lorient // Club K (56)
4 septembre – 4 octobre 2014 : Galerie Le Carré d’Art // Chartres de Bretagne (35)
7 novembre – 5 décembre 2014 : Espace Kénéré, Médiathèque de Pontivy (56)
20 juin – 13 juillet 2015 : Espace Armorica, Plouguerneau (29)
25 avril – 31 mai 2016 : Collège Richepin, Pléneuf-val-André (22)
17 novembre – 6 décembre 2016 : Collège Louis Guilloux, Plémet (22)
8 et 9 décembre 2016 : Lycée du Mené, Merdrignac (22)

Julie, 20 ans

« J’ai bien conscience de ne jamais être perçue comme une bretonne même si je suis née à Saint-Brieuc. J’ai grandi à Plouvara (22) dans la ferme de mes grands-parents, là-même où mon père a grandi. Petite, j’étais très complexée, sûrement à cause de toutes ces phrases qui blessent comme « rentre chez toi »… Je ne comprenais pas puisque la Bretagne c’est chez moi. Ma scolarité a été une période vraiment difficile.
Je suis effectivement un peu mauricienne de par ma mère mais avant tout bretonne. J’adore la Bretagne, sa culture, sa musique que je joue au violon. Je déteste la chaleur et j’ai l’impression que le climat breton a été fait pour moi. Je ne m’imagine d’ailleurs pas un seul instant vivre ailleurs.
Pour toutes ces raisons, j’ai souvent l’impression d’être plus bretonne que certains « vrais » Bretons, d’aimer la Bretagne davantage qu’eux. Pourtant je ne me sens pas totalement bretonne à cause du regard des autres. On me fait bien comprendre que je ne suis pas crédible quand je le dis ou quand on me demande si je parle français. »

Corentin, 24 ans

« Les personnes qui pensent qu’un Breton doit forcément avoir la peau blanche, oublient une partie de l’histoire bretonne. Beaucoup de familles bretonnes, dont la famille Corentin, sont parties s’installer aux Antilles et se sont métissées avec d’anciens esclaves. Ceci est une partie de l’histoire familiale de mon grand-père et pourquoi mes parents m’ont prénommé ainsi. Voilà ce que je réponds à ceux qui me disent que je n’ai pas une tête à m’appeler Corentin.
En tant que métis, j’ai toujours dû fournir deux fois plus d’efforts pour prouver que j’étais breton. Les après midi passées au musée de Saint-Brieuc où travaillait ma mère et les nombreuses sessions de surf avec mon père sur toutes les côtes bretonnes m’ont beaucoup aidé. Je surprends toujours par mes connaissances historiques et géographiques de la Bretagne.
Je n’ai pas de double culture comme certains le pensent, je suis juste breton avec un petit truc en plus. Aujourd’hui mon lien avec la Guadeloupe ? Mon grand-père qui vit depuis quarante ans dans le Finistère. »

Juliette, 13 ans

« Jusqu’à présent j’ai fait toute ma scolarité en école Diwan. Tout d’abord à Diwan Sant Brieg puis au Collège Skolaj Diwan Bro-Dreger à Plésidy. Il était important pour moi de continuer le breton au collège car j’aime cette langue. J’ai adoré ma scolarité à Diwan, ce sont de petits établissements et c’est vraiment comme une grande famille.
Je ne me suis jamais sentie différente à Diwan car nous sommes tous différents là-bas. Mais nous avons tous en commun d’être bretons puisque nous parlons la langue et que nos parents sont bretons. Longtemps j’ai dit que j’étais de Bretagne, mais maintenant je dis que je suis bretonne car je n’ai plus honte de le dire. Je suis une bretonne avec juste un peu de sang malgache. Je suis très curieuse de la culture malgache même si je ne connais pas encore beaucoup de choses. J’aimerais apprendre d’ailleurs la langue un jour.
Je me sens bretonne avant d’être française car je parle la langue au quotidien et en particulier avec mon petit frère, lui aussi adopté à Madagascar. Le breton est d’ailleurs notre langue secrète à la maison car maman ne le parle pas. »

Maëlle, 20 ans

« Ce n’est qu’à l’adolescence que les questions sur mon identité et mon métissage ont commencé à force d’être perçue comme une étrangère. A Plémet (22), où j’ai toujours vécu, on me faisait remarquer quand j’étais au collège que je n’étais pas d’ici. Je ne pense que ce n’était pas du racisme, mais plus de l’étroitesse d’esprit. Je ne me sens ni bretonne ni africaine mais bien française. J’essaie d’ailleurs de le placer assez rapidement dans les conversations par provocation. Pour moi, être breton ne signifie rien à part le fait d’habiter en Bretagne. Je ne suis pas du tout sensible à la culture bretonne. Pourtant quand on me demande d’où je viens, je réponds systématiquement de Bretagne car je sais très bien que ce n’est pas la réponse attendue.
Petite j’étais heureuse de cette double culture et de connaitre autre chose. Je ne dirais pas que j’ai quelque chose de plus ou de moins que les autres, juste que j’ai d’autres richesses. Cette différence m’a tout de même apporté une force de caractère et une ouverture sur les autres.
Les phrases du type “Ah oui c’est vrai, tu n’es pas d’ici” sont encore fréquentes et me mettent toujours autant en colère aujourd’hui. J’aimerais bien que le métissage soit une chance mais je ne le ressens pas comme ça car les incompréhensions sont trop nombreuses. »

Olivia, 17 ans

« Je ne suis pas spécialement touchée qu’on ne reconnaisse jamais mes racines bretonnes. Ça a toujours été ainsi. On ne voit pas mon métissage. En Bretagne je suis considérée comme une noire et à Madagascar comme une blanche de toute façon. Je me sens française et bretonne avant de me sentir malgache tout simplement puisque j’ai toujours vécu en Bretagne et je connais assez peu la culture malgache. Je ne me vois d’ailleurs pas un jour vivre là-bas car j’y ai trouvé le regard des autres très dur.
On me fait parfois remarquer que je ne peux pas être bretonne puisque je suis noire, mais ici c’est toujours sur le ton de l’humour. De mon côté je me sens 100% bretonne avec un petit truc en plus. Ma plus grande fierté en tant que bretonne a été de défendre le drapeau breton lors de championnat de basket où je représentais la région. »

Matthieu, 18 ans

«Je sais que les gens me voit comme un antillais, mais je ne me sens pas du tout proche des Antilles et de sa culture. Je me sens français avant tout. Je connais assez peu mon père qui lui est de Guadeloupe et mes liens avec les Antilles sont quasi inexistants. Je ressens même un fort décalage quand je suis en compagnie de mon père et de ses amis. Je me sens étranger parmi eux.
Pour moi, un Breton est tout simplement une personne qui vit ou qui est née en Bretagne. C’est mon cas, mais je n’arrive pas pour autant à me considérer breton. J’arrive juste à dire que je suis de Bretagne.»

Elodie, 21 ans

« Petite, je voulais être blanche et avoir des cheveux de française. J’étais victime de beaucoup de réflexions racistes, très blessantes. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai vu mon métissage comme une force, car il créait une curiosité positive et facilitait la rencontre. Ce n’est pas le cas pour mon frère pour qui cela génère de la suspicion de la part des autres.
J’ai quitté Abidjan, ma ville natale, à l’âge d’un an et j’y suis retournée pour la première fois à 14 ans. C’était un besoin de voir où j’étais née, où j’aurais pu grandir et surtout de rencontrer ma famille. Je m’y suis sentie comme une touriste française et non pas comme la fille d’une Ivoirienne. On me l’a bien fait ressentir. On me disait Retourne dans ton pays, petite française. Ça me changeait de la France où certains m’appelaient bamboula…
La nourriture est le lien le plus fort qui m’unit à mes deux cultures, j’ai plaisir à préparer les plats traditionnels pour mes amis, leur faire découvrir ces parties de moi.
Je suis fière de dire que je suis bretonne, tout comme mon père et j’adore observer les réactions de surprise face à moi. »

Gaëtan, 27 ans

«Si j’étais né en Bretagne, je dirais plus facilement que je suis breton, mais comme je suis né en région parisienne, je dis que je viens de Bretagne. Le fait que je ne me sente pas totalement breton n’a rien à voir avec la couleur de ma peau.
Je n’ai jamais eu aucun problème d’intégration ou de racisme en Bretagne. Mais il est vrai qu’il est fatiguant de toujours devoir se justifier de ses origines. Alors je dis toujours très rapidement que je suis de Plourivo (22), né d’un père sénégalais et d’une mère française. Quand on me demande si ce n’est pas trop dur de vivre ici ou si mon pays ne me manque pas trop, je sais que c’est par sympathie mais c’est toujours agaçant. Cela montre bien qu’on me voit comme un étranger et jamais comme un breton. Mon pays c’est la Bretagne et j’en suis fier. Je n’ai pas pour projet de la quitter.»

Morgan, 17 ans

« Quand tu portes un détail physique tu dois l’assumer ! Ça n’a pas été mon cas car mon métissage ne se voit pas et j’ai dû au contraire revendiquer ma double culture, voire la prouver. Si j’avais été typée, j’aurais peut être construit mon identité autrement.
Ma famille paternelle est bretonne et très proche du milieu traditionnel. Mon grand-père est l’une des personnes à l’origine du bagad de Lann-Bihoué, où il a joué durant de nombreuses années. Il m’a donc initiée très tôt à la culture bretonne et à sa musique, que j’apprécie particulièrement quand elle est métissée à une autre. J’ai d’ailleurs pratiqué longtemps le violon celtique.
Je me sens bretonne avant d’être française, mais avec un petit truc en plus qui me vient de ma mère. Elle m’a transmis la culture marocaine. Et même si je me sens étrangère quand je vais au Maroc, je suis contente d’avoir cette double culture. Mon lien avec la culture marocaine est avant tout culinaire. J’adore d’ailleurs préparer les plats marocains à mes amis, mais ce n’est pour autant que je considère le beurre doux comme du beurre ! »

Carolle, 24 ans

«On me questionne souvent sur mes origines et je réponds toujours que je suis bretonne. C’est uniquement si la personne insiste que je rajoute que j’ai également des origines sénégalaises. Je n’ai jamais vécu avec mon père et donc mes liens avec le Sénégal sont quasi inexistants. Je n’y suis jamais allée, je ne connais ni la langue, ni la cuisine et je n’ai jamais cherché à en savoir plus.
Je suis née en Bretagne, c’est ici que j’ai grandi et que j’ai mes souvenirs. J’habite depuis toujours à Plourivo (22) tout comme mes grands-parents et je suis très attachée à cette partie de la Bretagne, c’est chez moi. Je connais tellement peu la culture africaine qu’on me dit toujours que je suis blanche dans ma tête. Ça ne me gêne pas car je le ressens comme ça aussi.
Si j’avais grandi avec mon père, si j’étais née en Afrique ou si j’y étais déjà allée, je penserais sûrement très différemment mais ce n’est pas le cas. Je ne me sentirais pas à l’aise dans une soirée africaine, par contre je vais volontiers en fest-noz où je n’ai jamais eu l’impression de rejet ou de différence.»

Alexandre, 25 ans

«Je ne me suis jamais posé de question d’identité, je suis breton. J’ai été adopté à l’âge de 8 mois et j’ai passé toute mon enfance à Saint-Brieuc. Il est vrai qu’à l’école j’étais le seul noir, mais je ne me suis jamais senti différent. Il y avait peut être une différence de couleur de peau mais elle n’était pas culturelle. Depuis que je suis à Paris, je me sens encore plus breton. Il était important pour moi d’avoir le Gwenn ha Du à ma fenêtre pour que tout le monde sache que je suis breton. Mes amis parisiens sont toujours surpris de mon régime quotidien : galettes, beurre salé… C’est seulement lorsque je suis avec des malgaches, que je me sens différent.
Je n’ai pas de double culture, malgré les apparences. Je n’ai aucune attache familiale à Madagascar et je n’ai jamais ressenti le besoin de rechercher mes parents biologiques. Il est vrai que ce pays m’attire et j’aimerais bien pouvoir l’aider à ma façon à travers mon parcours professionnel, mais j’ai bien conscience que j’y serais étranger. Je me sens beaucoup plus lié à la Bretagne qu’à Madagascar, il n’empêche que j’ai envie de développer un peu cette partie de moi. Et puis n’est-ce pas propre aux Bretons d’avoir envie d’aller voir ce qui se passe ailleurs?»

Indra, 21 ans

«Je n’ai jamais eu un sentiment particulier d’appartenance à la Bretagne, je me sens avant tout française et tunisienne. Je dis rarement que je suis bretonne mais je nedis pas non plus que je suis tunisienne. J’ai un lien fort avec la Tunisie, même si je ne ressens pas le besoin d’y retourner tous les ans.
J’aime la Bretagne, sa nourriture et sa culture, je vais volontiers en fest-noz. La cuisine bretonne me plait mais je préfère la cuisine tunisienne.
J’ai toujours pensé que ma double culture était un atout, je me trouve chanceuse de ce point de vue. Je n’ai jamais ressenti de décalage ou de soucis d’intégration, puisque mon entourage m’a toujours considérée comme bretonne et jamais comme tunisienne.»

Lucie, 20 ans

« Je suis toujours surprise de voir la gêne des gens qui me questionnent à propos de mes origines. Ça n’a jamais été un souci pour moi de dire que j’ai été adoptée à l’âge d’un an à Madagascar. Et même si je ne suis pas née en Bretagne, je ne m’en sens pas moins bretonne. J’ai grandi ici, tout comme le reste de ma famille. Mes attaches familiales sont en Bretagne, pas ailleurs. Je me suis toujours sentie chez moi ici et bien intégrée, même dans les milieux traditionnels bretons que je fréquentais petite avec ma marraine. Certains pourraient penser que ce sont des milieux fermés mais pour moi c’est le contraire. J’ai toujours adoré l’accueil, l’ambiance et la simplicité des gens dans les festou-noz où j’aime aller de temps en temps avec ma sœur et mon frère, tous deux également d’origine malgache.
La première fois où j’ai eu le sentiment d’être différente et étrangère, c’était lors de l’enterrement d’une amie malgache. Je voyais que j’avais un lien et une ressemblance avec les personnes qui m’entouraient, mais en même temps je me sentais en décalage, sûrement parce que je ne suis jamais allée à Madagascar et que je ne parle pas la langue. Je ne souhaite pas pour l’instant m’y rendre car j’ai construit ma vie et mon identité en Bretagne et j’ai peur de tout compliquer en me rendant là-bas. Même si je suis noire de peau, je ne me suis jamais sentie moins bretonne qu’une autre. J’ai juste le sentiment d’avoir en plus une attache ailleurs qui se concrétisera un jour ou l’autre. A la question, «tu viens d’où ?», je réponds toujours : Saint-Brieuc. »

Catherine, 21 ans

« Je me suis toujours sentie plus bretonne que nigérienne. Petite, je voulais être blanche car avec mon frère, on était les seuls métis et je n’aimais pas ma différence. C’est à l’adolescence que j’ai compris que c’était un atout. Je suis fière aujourd’hui de mon métissage et de ma double culture.
Ma mère nous a éduqués à l’africaine et nous a transmis sa culture sans nous l’imposer. J’aimerais pouvoir l’accompagner au Niger voir ma famille et mieux connaitre le pays, mais je suis malheureusement vue comme une blanche là-bas et avec la situation actuelle du pays, c’est pour l’instant impossible.
Je suis, depuis plusieurs années, Championne de Bretagne de Gymnastique Rythmique. A ce titre, je représente tous les ans ma région et plus particulièrement ma ville natale, Lannion, lors des Championnats de France.
Je suis bretonne, et tant que je me sens bien quand je le dis, le regard des autres ne me dérange pas. De toute façon, ne suffit-il pas de se sentir breton pour l’être ? »

Ophélia, 17 ans

«Je me suis toujours sentie plus proche de la culture antillaise que de la culture bretonne.. J’ai grandi à Saint-Brieuc avec ma mère, originaire de Guadeloupe, c’est donc ma culture familiale. J’aurais pu avoir la culture bretonne également à la maison, si je n’avais pas perdu mon père très jeune. La culture bretonne s’apparente plus à mon environnement qu’à ma famille, même si mes grands-parents paternels en sont très proches et arborent un Gwenn ha Du dans leur salon. On dit que les Bretons sont têtus et bien voilà encore une preuve que je suis bretonne, même si je vois bien le scepticisme sur le visage des gens quand je le dis.
Ma mère a fait en sorte de me rassembler le plus possible avec ma famille antillaise, qui a été mon refuge. Quand je suis avec eux je me sens totalement antillaise mais je n’en suis pas moins bretonne. D’ailleurs toutes mes tantes m’ont surnommée «la petite bretonne».»

Lylia, 20 ans

«Je me suis souvent sentie en décalage avec le reste du groupe. A l’adolescence, je cherchais ma place par rapport à mon père et à cette double culture. C’était difficile d’être face à un père qui n’a pas la même éducation et la même culture que celles que j’ai eues par ma mère avec qui j’ai grandi. Malgré le conflit avec mon père, je ne peux pas renier ce que je porte car mes yeux, mes cheveux… sont de lui. Je n’ai jamais renié mes origines car de toute façon elles sont visibles.
Mon côté breton est peut être moins évident mais il est bien présent. C’est ici que j’ai grandi, j’ai un lien très fort avec ma famille et en particulier avec mes grands-parents de Tréméloir (22). Mon attachement à la Bretagne est avant tout familial et puis être breton est une appartenance du coeur.
Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre entre mes deux cultures. On peut le constater par exemple à table quand en Algérie je mets du sel sur mon beurre ou ici quand je mets du lait ribot sur ma semoule de couscous.
Je suis bretonne ET kabyle, ne me demandez pas de choisir entre ma mère et mon père.»

Sterenn, 20 ans

« J’ai quitté le Kenya à l’âge d’un an et demi alors que mes sœurs avaient déjà une dizaine d’année. Voilà pourquoi notre attachement au continent africain est très différent. J’ai passé peu de temps avec mon père d’origine burkinabé, contrairement à elles car il vit toujours à Nairobi. Je me suis toujours sentie loin de sa culture.
J’ai passé toute mon enfance à Plouézec (22) que j’ai quitté il y a seulement un an pour faire mes études à Lyon. C’est à ce moment que je me suis rendu compte de mon identité bretonne et de mon appartenance à cette région. Partir m’a finalement rapproché de mon identité mais également de l’Afrique via mon cursus en science politique, à travers lequel j’ai pu tisser de nouveaux liens avec le continent africain dont je me sentais étrangère. Mon métissage ne m’a d’ailleurs posé aucun questionnement contrairement à mes sœurs car je n’avais pas développé de double culture comme elles.
Je n’ai jamais eu de soucis avec le regard des autres ou du moins je n’y ai pas prêté attention. Je me sens bretonne avant de me sentir africaine.
Cet été, je travaillais à l’office du tourisme de Plouézec. En début de saison, quand on attendait encore l’été, un touriste parisien m’a fait remarquer que j’étais surement moins bretonne que lui quand je lui ai dit que je ne m’étais pas encore baignée mais que s’il était courageux il pouvait essayer. J’ai préféré ignorer sa remarque plutôt que de lui expliquer que ma famille maternelle vit à Plouézec depuis des générations. »

Armelle, 30 ans (à gauche) et Maïlys, 29 ans (à droite)

« Le propre d’un métis est d’être vu noir en France et blanc en Afrique. il est donc très difficile de s’approprier une identité. Il faut être bien dans ses origines et dans sa tête sinon ce renvoi systématique aux origines devient compliqué à gérer. Nous sommes toutes les trois passées par une recherche d’identité à l’adolescence comme tout le monde, mais les questions tournaient surtout autour de nos origines.
Quand tu as grandi en France, tu ne te sens pas vraiment métis et entre deux cultures. Tu sens juste que tu as des origines différentes étant donné ta couleur de peau mais rien de plus. La question des origines est plus une curiosité qu’un besoin contrairement à ceux qui ont passé une partie de leur vie en Afrique. Ils n’ont pas ce besoin de recherche d’équilibre. C’est le cas de notre sœur Sterenn. Pour nous deux c’est différent. Nous avons vécu plus de dix ans au Kenya avant de nous installer à Plouézec. Les questions ont donc été nombreuses.
Nous gardons un très bon souvenir de notre arrivée en Bretagne car nous nous sommes installées dans la maison familiale où nous avions passé tous nos étés depuis petites. L’accueil à l’école a été super car la curiosité des autres enfants était très positive. Ils souhaitaient nous rencontrer, savoir d’où on venait, comment on vivait… Je pense que nous sommes très bien lotis en Bretagne en ce qui concerne les questions de racisme et l’intégration.
[Armelle] J’ai fortement ressenti mon identité bretonne lorsque j’étais guide touristique pour la ville de Paimpol, car j’ai réappris l’histoire de ma ville et de ce fait de ma famille maternelle. Je terminais toujours mes visites, un peu par provocation mais surtout par fierté en disant : Même si ça ne se voit pas, je suis descendante de pêcheurs d’Islande et l’histoire que je viens de vous raconter est celle de ma famille. »

 

Yannick, 27 ans

« Je me sens plus colombien que français, mais je ne peux pas dire que je me sente plus colombien que breton. On n’oublie jamais ses racines. Moi-même je dis toujours qu’avant d’être breton, je suis colombien, ça ne changera jamais, ce sera toujours comme ça. Je suis Breton d’adoption, puisque j’ai grandi ici dans une famille bretonne mais je suis avant tout colombien. J’ai une façon de penser différente et certains colombiens m’ont fait remarquer que je pensais comme un colombien même si je n’y ai pas vécu.
Pour moi, toute personne qui réside en Bretagne devient bretonne. Mais je comprends toutefois que certaines personnes ne me considèrent pas comme tel, malgré mon parcours de sonneur au sein du bagad de Quimper, entre autres.
La Bretagne est une région ouverte, on ne peut pas dire le contraire mais il y a beaucoup de méfiance. Le breton est têtu et on sait qu’on ne doit pas aller trop loin. Même au championnat de Bretagne, lorsque j’ai remporté le titre, on me l’a fait comprendre : vous jouez très bien mais restez à votre place car avant tout vous n’êtes pas d’ici. Je ne prends pas ça pour du racisme mais pour de la jalousie, de la peur ou de l’ignorance. Mais je vois que les choses changent, et qu’il y a de plus en plus de personnes de couleur dans le milieu traditionnel breton. Je ne suis plus seul avec mon frère Tanguy. Désormais, j’aimerais métisser la musique bretonne avec mes autres influences musicales et pouvoir aider à exporter notre folklore à travers le monde. »